Le documentaire Netflix consacré au meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat fait beaucoup parler. Amie proche de l'actrice décédée, Lio livre un témoignage fort et revient notamment sur son clash avec Muriel Cerf sur le plateau de Thierry Ardisson : "On m'a traînée dans la boue".
C'est le documentaire dont tout le monde parle et qu'il faut absolument voir. "De rockstar à tueur : le cas Cantat" revient sur l'affaire polémique du meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat survenu à l'été 2003. Le documentaire, co-réalisé par la journaliste Anne-Sophie Jahn, met l'accent sur le traitement médiatique du crime à l'époque, davantage considéré comme « un crime passionnel » qu'un féminicide. Au cours des trois épisodes, si certains témoignages scandalisent les téléspectateurs, d'autres apparaissent comme essentiels à l'instar de celui de Lio. L'interprète de "Banana Split" était une amie proche de Marie Trintignant : « Je l'aime profondément. Parce qu'elle est généreuse, tendre, toujours belle et poète. Et tout au début, je me disais : "Ça va devenir ma meilleure amie pour toujours". (...) Tout était intense chez Marie : elle est une personne très entière et très passionnée. C'est pour ça qu'elle tombe sous le charme de Bertrand Cantat ».
"Si je savais à l'époque, j'aurais été plus utile"
« Si je savais à l'époque ce que je savais aujourd'hui, j'aurais été plus utile » regrette-t-elle, le visage fermé et la gorge nouée par l'émotion. Lio évoque notamment le tournage de "Colette, une femme libre", ultime téléfilm de Marie Trintignant dans lequel elle lui donne la réplique. La chanteuse rappelle que Bertrand Cantat était omniprésent sur le tournage et que la comédienne faisait tout pour ne pas manquer un seul de ses appels, quitte à gâcher des prises : « Elle mettait son téléphone sur vibreur dans sa bottine pour ne pas louper un appel de Bertrand. C'était fou (...) Je me souviens de cette prise totale du temps de Marie, de la liberté de cerveau de Marie. Elle n'est plus disponible. Même quand elle peut l'être, et qu'on prend rendez-vous, ça s'annule toujours ».
Si Lio pense « qu'on va pouvoir sauver Marie » alors qu'elle est placée dans le coma suite aux coups assénés par Bertrand Cantat, sa mort désempare totalement la chanteuse : « Il y a des choses comme ça dont on ne se remet pas, qu'on tourne dans sa tête. Ça a été épouvantable ». Mais ce qui l'énerve surtout, c'est donc le traitement médiatique de l'affaire, qui a tendance à faire passer Bertrand Cantat comme une victime : « Le seul discours des médias est que c'est un crime passionnel et qu'elle le mérite un peu. À l'époque, je suis indignée par ce type de traitement et du coup j'ai parlé pour défendre Marie ». C'est alors que début 2006, la chanteuse se rend sur le plateau de "Tout le monde en parle" de Thierry Ardisson. Dans une séquence télévisuelle devenue culte, elle s'emporte contre l'autrice Muriel Cerf, venue présenter un livre sur l'affaire Bertrand Cantat, avec qui elle a entretenu une correspondance lors de son incarcération, que Lio juge trop complaisant.
"On m'a humiliée, traînée dans la boue"
« En fait je n'arrive pas à gérer autrement qu'en étant spontanée. Dans cette émission, le seul discours est le crime passionnel. C'est pour ça que je parle autant ! C'est d'une injustice folle » relate l'artiste, qui dit avoir été « humiliée » et « trainée dans la boue » suite à cette prise de parole forte : « Je trouvais que c'était juste de défendre Marie ». Mais l'interprète de "Banana Split" peut compter, dans le documentaire, sur le soutien de la journaliste Michelle Fines : « Lio est d'autant plus courageuse qu'elle est toute seule à le faire. Donc elle court le risque qu'on dise qu'elle aussi est hystérique. Personne ne comprend l'enjeu à l'époque ».
Aussi, Lio se dit « désespérée » au moment où le juge prononce la peine de Bertrand Cantat à huit ans de prison, estimée trop légère pour beaucoup. Idem lorsqu'il est finalement libéré au bout de quatre ans : « Quand j'apprends que Cantat est libéré de prison, je me dis que la vie d'une femme ça ne vaut pas cher ! ». L'artiste se désole aussi de ne pas avoir pu aider Krisztina Rády, autre compagne de Bertrand Cantat qui s'est suicidée en 2010 : « Je me souviens qu'un jour, Krisztina est venue me parler dans la rue. Elle voulait me dire quelque chose et j'ai pas reçu. Elle n'était pas bien. Je m'en veux beaucoup, vraiment énormément. (...) Après sa mort, je me souviens d'avoir dit tout se suite : "C'est à cause de lui, j'espère tout de suite que les médias s'en rendront compte" ».
Dans le documentaire, la journaliste Anne-Sophie Jahn explique qu'en pleine préparation d'une enquête pour Le Point sur « l'omerta » autour de Bertrand Cantat, un des membres de Noir Désir lui parle et anonymement et lui révèle, en off, que le rockeur a déjà été violent envers ses anciennes compagnes, dont Krisztina Rády. « Je le savais. Et je trouve ça odieux. Ses musiciens qui l'ont entouré, qui ont menti pour sauver Cantat et sauver le groupe, et tout ce que ça signifiait derrière, en entraînant Kristina au mensonge, c'est des grosses merdes » concède Lio, qui conclut d'ailleurs la série documentaire d'un message fort, elle qui a été également victime de violences conjugales : « Je ne veux pas ça pour mes filles. Je l'ai vécu. Vous croyez que je suis debout parce que j'ai été tapée ? Non ! Pour moi, c'est un bouffon le mec qui m'a frappée. C'est pas ça mon problème, c'est que quand je vais à la police, on me dit que c'est de ma faute. La société m'a dit "Tu las méritée, regarde comment tu t'habilles, regarde comment tu parles" ». Un témoignage largement salué depuis quelques jours.